50e Festival de la BD d’Angoulême : visite commentée de l’exposition immersive de « L’Attaque des Titans »

Le manga de Hajime Isayama était à l’honneur lors de la 50e édition du Festival de la BD d’Angoulême, du 26 au 29 janvier 2023. L’exposition « L’Attaque des Titans, de l’ombre à la lumière » présentait des planches originales. Visite commentée par le commissaire d’exposition, Fausto Fasulo.

L’Attaque des Titans, ce sont 110 millions d’exemplaires en circulation à travers le monde, en septembre 2022. Alors que le manga s’est achevé en avril 2020 et que l’adaptation animée tire sa révérence cette année, le moment semble propice pour mettre à l’honneur l’œuvre de Hajime Isayama. Lors du Festival de la BD d’Angoulême, organisé du 26 au 29 janvier 2023, le mangaka japonais s’est vu décerner le Fauve spécial de la 50e édition.

À L’Alpha, la médiathèque d’Angoulême, une exposition est organisée tout au long du festival. « L’Attaque des Titans, de l’ombre à la lumière » exhibe 170 planches originales, venues du Japon. La scénographie se veut immersive, pour mieux plonger les visiteurs dans l’ambiance du manga. Afin d’y accéder, il faut débourser dix euros en plus du billet classique. Pour faire face à un tel afflux, des horaires de passage sont attribués aux visiteurs. De notre côté, le réveil est mis de bonne heure. Le rendez-vous est donné à 8h30, juste avant l’ouverture. Le calme avant la tempête : à l’extérieur, les premiers visiteurs se massent déjà derrière les barrières de sécurité. Avant d’entrer, le commissaire d’exposition, Fausto Fasulo, tient à prévenir : les planches exposées retracent l’intégralité de l’œuvre. Attention aux spoilers !

« Favoriser le sentiment d’immersion »

L’Attaque des Titans présente une humanité contrainte de se réfugier dans des cités, entourées de murailles. Car à l’extérieur, d’immenses créatures appelées “Titans”, sont bien décidées à n’en faire qu’une seule bouchée. Le jeune Eren Jäger voit sa vie basculer lorsqu’un Titan attaque son village. Afin de prendre sa revanche, lui et ses compagnons s’enrôlent dans le bataillon chargé d’exterminer ces monstres.

L’exposition entend plonger le visiteur dans cet univers. Il ne s’agit pas que d’exposer des planches originales, mais de « favoriser le sentiment d’immersion ». Pour se faire, le travail mené est – sans mauvais jeu de mots – colossal. Il y a évidemment l’attention portée au choix des matières, au revêtement du sol et à la composition des murs. Le son n’est pas laissé en reste, comme le détaille Fausto Fasulo : « L’immersion passe en partie par l’auditif. Nous ne voulions pas reprendre la musique de l’animé alors elle a été composée spécialement pour cette exposition. On l’a travaillée avec des percussions, afin de suggérer une ambiance anxiogène et pesante. »

C’est en pénétrant dans la première salle que cette volonté prend tout son sens. Le visiteur est transporté au district de Shiganshina, quelques instants avant le drame. Certaines planches sont exposées sur des panneaux de bois, semblables à des volets. Dans un coin, une charrette où s’empilent des paniers. Sous les chaussures, le sol semble même avoir… du relief. Car ce n’est pas un parquet, mais bel et bien des pavés que l’on foule dans cette salle. Il faut lever la tête pour apercevoir le fameux Titan nous observer, juste au-dessus de la muraille. Son attaque, qu’on croirait presque imminente, est l’élément déclencheur du récit. Nous voilà dans les pas des protagonistes. 

Le commissaire d’exposition s’arrête devant un petit cadre. Difficile de ne pas reconnaître le dessin, placardé dans toute la ville : il s’agit de l’une des trois affiches de cette 50e édition, réalisée par Hajime Isayama. Le protagoniste, sous sa forme de Titan, lance un regard déterminé. Au dessus de lui, une armée de monstres prête à déferler sur la France et sur la Tour Eiffel, dernier élément de l’image. Fausto Fasulo s’amuse du double clin d’œil : « C’est non seulement un faire-part qui annonce sa venue, mais aussi une façon de remémorer les kaijus, ces œuvres où les créatures s’attaquent au mobilier urbain. »

Des inspirations variées

La seconde pièce s’intéresse à l’aspect militaire de L’Attaque des Titans. Les murs imitent le métal tandis qu’un simple bureau décore la pièce. Seul le blason bleu du bataillon apporte de la couleur. « C’est un univers dont l’iconographie est multiple, souligne Fausto Fasulo. Il y a du post-médiéval, avec l’usage de blasons et d’épées. Mais les manœuvres militaires et les fumées sont plutôt caractéristiques des guerres mondiales. » La hauteur sous plafond est d’ailleurs investie par des zeppelins.

Le combat est justement au cœur de la troisième salle. Un véritable champ de bataille. En y entrant, le pied glisse sur des gravats : il provient d’un mur détruit, comme si la bâtisse avait été foulée par un Titan. L’exposition se veut être aussi réaliste que son matériau de base. Lorsqu’il dessine les combats rapprochés, Hajime Isayama s’inspire de ce qui existe déjà, à l’instar de « techniques d’arts martiaux comme le judo ou le karaté ». Pour mieux comprendre ce souci du détail, il faut remonter l’arbre généalogique du mangaka : son père fabriquait des meubles. « Hajime Isayama a gardé de ça : c’est pourquoi les accessoires utilisés par les personnages semblent aussi fonctionnels », précise le commissaire d’exposition, en faisant référence à l’équipement de manœuvre tridimensionnelle employé lors des combats.

La dernière pièce s’intéresse aux jeux de regards, particulièrement entre les Titans et les protagonistes. « C’est un manga peu bavard. Beaucoup de scènes sont muettes. Les émotions sont intériorisées et passent seulement par le regard. » Difficile de manquer le trou creusé dans le mur, qui laisse apparaître l’œil d’un Titan. Fausto Fasulo donne un dernier conseil : « Si vous vous placez ici, vous reproduirez le même axe que dans la planche du manga : le Titan vous observera de la même manière. » 

À la sortie, une dernière surprise attend les visiteurs. Dans du carton, les petites silhouettes des trois personnages principaux sont découpées. Dans un effet de perspective, ils peuvent se prendre en photo à la manière d’un Titan prêt à déferler sur la cité. C’est chose faite : un garçon, vêtu de la cape verte du bataillon, s’amuse à prendre la pose sous le regard rieur de son amie.

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