Fanfaronner pour mieux lutter

@Margaux Houcine
@Margaux Houcine

Artistes en lutte, les membres de la fanfare La Wazo sont venus soutenir la manifestation de ce 18 Octobre à Lannion pour la hausse des salaires, comme ils en ont l’habitude.

Gaby est à la trompette, Nico est au cor. Ils sont huit membres de la fanfare La Wazo ce mardi 18 Octobre à Lannion. Leurs saxophones, flûtes, trombones et autres instruments à vent viennent donner de la vie à une manifestation plutôt calme. Ils entament la partition au moment où le cortège s’élance, juste après le discours de la CGT. Et c’est une musique dansante qu’ils choisissent en premier. Leur répertoire n’est pas clairement défini  : «Il y a la partie révolutionnaire, il y a la partie dansée. En général, c’est le folklore du monde. » explique Gaby, membre de la fanfare et musicien à la retraite.

Gaby et sa trompette ©Margaux Houcine

« Les manifs, on s’aperçoit que ça ne sert à rien. Parce que bon, tourner autour du Léguer juste pour dire qu’on n’est pas d’accord avec le gouvernement… Si je joue pas de musique, je ne viens plus aux manifs.  » déplore Nico, musicien intermittent. Lui et ses compagnons se rejoignent un peu sur tous les fronts : lutte sociale, écologie… Mais la fanfare n’anime pas que les manifestations : « On fait aussi des événements privés ou des animations dans les villes. » détaille-t-il. Si on demande à Gaby ce que ça change de jouer à l’extérieur, il rigole : « Sous la grêle, la samba c’est plus dur ! »

Chasser la tristesse

Ce 18 Octobre, plus de 600 personnes ont défilé suite à un appel intersyndical pour de meilleurs salaires et contre la réforme des retraites. Quant à nos fanfaronneurs de manifs, ils sont de ceux qui espèrent « enjoyer » ces combats politiques parfois lourds et difficiles, selon l’expression de Nico. « C’est une respiration sur des prises de paroles qui sont extrêmement anxiogènes pour les gens. On va marcher, on joue de la musique, les gens applaudissent, rigolent, dansent… » se réjouit-il.

Le pire selon lui, ce sont les rassemblements en hiver, quand il fait froid, sombre, et qu’il y a peu de monde. Un petit coup de trombone et ça repart. « On est présents sur les manifs depuis plus de trois ans et les gens nous remercient régulièrement. Ils nous disent ‘Heureusement que vous êtes là, sinon ça serait triste’. C’est un peu un rituel protestataire. » précise Gaby.

Le Wazo commence à défiler dans les rues lannionaises ©Margaux Houcine

« Faire corps tous ensemble »

Il y a quelque chose de militant selon eux, à chasser la tristesse des luttes. «C’est aussi prendre le contre-pied de la vision politique qui se veut anxiogène pour nous mettre la pression. Nous, on propose le contraire. On est capables de ne pas être d’accord avec ce qui se passe mais d’être heureux, et de proposer une vision heureuse du monde. » explique Nico. « A partir du moment où il y a de la joie, ça les emmerde ! C’est ce que disait Deleuze » ajoute Gaby. Gilles Deleuze, philosophe, disait :  « Le pouvoir exige des corps tristes. Le pouvoir a besoin de tristesse parce qu’il peut la dominer. La joie, par conséquent, est résistance, parce qu’elle n’abandonne pas. »

Si la lutte passe par le collectif, la musique doit suivre l’exemple. Ces musiciens amateurs et professionnels répètent toutes les semaines pour être accordés. Gaby insiste sur l’aspect horizontal de la fanfare: « On s’écoute, on improvise. Quand on est nombreux, il faut de l’organisation donc il faut passer quelque fois par des directions mais c’est momentané. Quand on joue, c’est l’autogestion qui doit reprendre le dessus. »

Le profil des membres est lui aussi à l’image de cette ouverture d’esprit : «Il y a tous les types de sociologies représentés dans la fanfare. Ça va du millionnaire au RSiste [ndlr : personne qui touche le RSA], observe Nico. C’est aussi ce symbole là : on peut faire corps tous ensemble ».

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