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Ébénisterie. « C’est vers un métier d’art que je voulais me diriger »

Jimmy Le Bris, 22 ans, est ébéniste de profession. Bien qu’il soit encore jeune, les années de travail commencent à s’accumuler tandis que son métier, lui, prend de l’âge et se raréfie. Très attaché à l’aspect traditionnel de l’ébénisterie, le jeune artisan est également sculpteur, marqueteur et rénovateur de meubles anciens. Jimmy s’applique à respecter l’héritage de ce corps de métier qui perd en popularité, que ce soit chez les consommateurs comme les créateurs.

Jimmy Le Bris tiens dans les mains la sculpture qui lui a permis de devenir Meilleur Apprenti de France. © Mano Le Bris

– Quel parcours scolaire avez-vous suivi ?

– Après le collège, j’ai fait cinq ans d’études, d’abord pour devenir ébéniste, puis pour me spécialiser. Dans un premier temps de 2016 à 2018, j’ai fait un CAP ébénisterie au lycée de l’Elorn à Landerneau, puis j’ai enchaîné vers un CAP marqueterie pendant un an, toujours dans le même établissement. Durant la période covid, j’ai suivi une formation complémentaire en restauration de meubles anciens, ce n’était pas un diplôme, mais ça a été une très belle expérience. Enfin, en 2020,2021, j’ai obtenu mon CAP sculpteur ornemaniste sur bois à Auray.

– Quel rapport entretenez-vous avec l’enseignement au collège ?

– L’enseignement traditionnel, ce n’est pas ce qui me plaisait. Faire de grandes études à la FAC et en master comme ce que l’on entend le plus souvent, ça ne m’a jamais attiré. Déjà au collège, je décrochais parfois, alors continuer plus haut ? Ça n’aurait pas été possible. En classe de 4ᵉ, je suivais une matière qui permettait de découvrir les différents corps de métier, dont les métiers du bois, c’était ça mon premier pas vers le métier.

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« C’est vers un métier d’art que je voulais me diriger, pas dans le gros œuvre »

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Puis l’année suivante, j’ai réalisé mon stage d’observation dans l’entreprise des Frères Allot, à Loudéac. C’est ici que j’ai su que je voulais devenir ébéniste plus que charpentier ou autre. C’est dans cette même entreprise que j’ai commencé ma carrière, cinq ans après mon stage. J’y suis resté pendant un an et demi avant de partir pour des raisons personnelles. C’est une vraie boîte d’ébénisterie qui correspond à la vision du métier : il y a tous les savoir-faire et les corps de métier qui touchent à ma profession.

Jimmy Le Bris, se tenant devant une console qu’il à fabriqué a l’issu de son premier CAP ainsi que d’un échiquier qu’il a également réalisé. © Mano Le Bris

– Quelle est votre plus belle expérience dans le métier ?

– Il y en a plusieurs : travailler dans une boîte comme Les Frères Allot, avec le rayonnement de l’entreprise dans le milieu, c’est vraiment quelque chose ! Mais je pense avant tout à ma participation aux olympiades des métiers. Bien que la première fois, je n’avais pas été retenu et que la seconde, je ne me suis placé qu’en régionale, ce sont ce type d’expériences qui nous forgent et nous permettent de nous améliorer pour le futur. Pour moi, ça m’a permis de devenir le Meilleur Apprenti de France (MAF), quelques années après, avec une médaille d’or nationale à la clé !

Le MAF selon moi, signifie aussi que dans la vie, il y a des échecs, mais surtout des réussites avec beaucoup de travail et de persévérance. Ce concours était fou comme expérience, pendant 2/3 mois, chaque jour on passe huit heures à sculpter, auxquelles s’ajoutent deux heures de dessins sur notre projet. J’ai failli abandonner plusieurs fois, mais heureusement, j’ai tenu grâce à Éric, mon professeur à l’époque, Morgan qui était mon collègue et mon ami et évidemment ma famille. Sans eux et leurs soutiens, je n’aurais certainement pas tenu.

Jimmy Le Bris aux Olympiades des métiers en 2020 © Mano Le Bris

– Qu’est-ce qui vous attire le plus dans les métiers du bois ?

– C’est compliqué de le définir, pour moi, ce genre de métier, c’est un tout. Sans être manichéen, c’est soit ça plaît, soit ça ne plaît pas. Cependant, je pense que j’ai des préférences par période : à la fin de mes études, j’aimais beaucoup faire les dessins préparatoires, j’avais plus de temps, et c’est une partie très plaisante du métier. Parfois, je préfère être dans un petit atelier avec le strict nécessaire en termes d’outils, ou bien parfois, je préfère être dans un grand atelier, avec plein de machines modernes. Cela dépend surtout du travail que l’on me demande.

– Avez-vous des craintes pour le futur de votre métier ?

– Oui et non, je pense que dans notre métier, les principales craintes sont déjà là : l’automatisation avec les machines et les économies d’échelle sur les meubles avec des sociétés comme IKEA ou BUT. Je pense que, nous les artisans, on peut rapidement être dépassé par la technologie : les machines ne vieillissent pas et sont constantes dans leurs productions. Je comprends que les entreprises puissent faire le choix des machines puisque sans ça, elles se font noyer par la concurrence; Mais il faut trouver un juste-milieu pour notre profession. Cela peut nous permettre à nous les artisans d’aller plus vite, de limiter les erreurs et les tâches répétitives et donc de gagner du temps. Pour moi, ce n’est pas une crainte, mais simplement une constatation qui pourrait empirer. Je suis un peu de la vieille école, j’aimerais tout faire à la main, pour moi, c’est ici la base de notre passion !

Compilation des différentes réalisations de Jimmy Le Bris :

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