Bretagne,  Sport

Arkea Ultim Challenge. François Gabart livre son analyse de ce premier tour du monde historique

À quelques heures du départ de l’Arkéa Ultim Challenge – Brest, François Gabart, l’homme le plus rapide au tour du monde en solitaire, nous apportait son regard sur la course. Il accompagne Tom Laperche, à qui il a confié la barre de l’Ultim SVR Lazartigue. 

Moins de 24 heures avant le départ de ce tour du monde, le bateau de votre équipe vient d’arriver à Brest après un chantier important. Quel sentiment domine après ce convoyage ?

Il y a une forme de fierté et de soulagement. Il y a encore deux jours, le bateau était en chantier. Ce n’est pas très courant, même s’il n’y a rien de courant avec cette course. Avec l’équipe, on vient de faire un mois et demi un peu fou. Être là, amarré ici à Brest, avec tout le monde et avec un bateau qui est prêt, c’est vraiment beaucoup de fierté. Évidement la course n’est que demain, ce n’est que le début, mais je suis fier de la préparation qu’on a mené à terre. 

Depuis combien de temps, savez-vous que vous serez au départ de l’Arkea Ultim Challenge-Brest ? 

Ça fait une semaine qu’on se dit que s’il n’y a pas de problème, on était dans les temps [pour faire la course]. Après, on n’était pas à l’abri d’une mauvaise cuisson* ou de la découverte de nouveaux problèmes. On n’avait aucune marge. 

*Les Ultims sont fabriqués avec des fibres de carbone et des résines qu’il faut assembler et cuire

Vous avez navigué en Ultim en solitaire au tour du monde. Selon vous, qu’est-ce qui sera le plus dur pour les marins pendant la course ?

C’est vraiment un exercice qui est difficile, et encore plus aujourd’hui sur ces bateaux extraordinaires qui peuvent aller à des vitesses dingues. Donc déjà, ce sont des bateaux complexes, exigeants et difficiles. Mais, comme toujours, sur un tour du monde, le plus dur c’est la durée. Il faudra garder l’exigence de la course au large, mais sur du très long terme, sur au moins une quarantaine de jours. Il faut tenir et être capable de gérer beaucoup d’imprévus. Ces difficultés, ce sont le propre de la course au large, mais sur un tour du monde, tout est multiplié par 1 000. 

La carte du parcours de la course.

Bernard Stamm ou encore Franck Cammas pensent qu’il est plus dur de partir en mode course. Vous partagez cet avis ? 

Je ne me prononcerai pas sur la difficulté ! (rires) C’est difficilement comparable. Chaque course ou record est différent, avec ses spécificités. Ce sont deux exercices différents. Moi, j’ai fait deux tours du monde, un en mode record en Ultim et un en mode course en monocoque. Dans tous les cas, ce sont de vrais challenges et qui ne sont vraiment pas simples.

Vous êtes le marin qui a tourné le plus vite autour du globe en solitaire. Vous pensez que votre record peut tomber ? 

Bien sûr ! Les conditions météorologiques sur les cinq ou six premiers jours ne sont pas idéales, mais après il reste 40 jours. Il suffit d’une météo plus favorable sur une partie du parcours pour rattraper le retard. J’espère même que ces bateaux iront vite et montreront leur potentiel. 

On a le sentiment que la course est très ouverte et que tous les marins ont leur carte à jouer. Vous partagez cet avis ? 

C’est une course qui est longue. Il va forcément se passer plein de choses. Tous les bateaux peuvent tirer leur épingle du jeu. C’est extrêmement difficile, aujourd’hui, de détacher des favoris. Tous les couples bateau-skipper ont leurs caractéristiques, leurs points forts et leurs points faibles. Il y a tous les ingrédients pour que ça soit une course sympa à suivre avec du suspense. 

Vous faites partie de la cellule routage de Tom Laperche, est-ce que vous pouvez nous décrire les conditions que les marins vont rencontrer sur les premiers jours de course ?

On est plusieurs à tourner au sein de la cellule constituée autour de Jean-Yves Bernot, le routeur principal qui va accompagner Tom pendant tout le tour du monde. Grosso modo, le départ va être plutôt tranquille, au portant dans du vent pas très fort. Ça aurait pu être bien pire un 7 janvier à Brest ! Par contre, rapidement, il y aura beaucoup de transitions qu’il faudra gérer. Les marins devront négocier une dépression, pas particulièrement très puissante mais qui va occuper une grosse partie de l’Atlantique Nord. Je pense que le début de course sera assez technique, où il va se passer beaucoup de choses. Les skippers ne pourront pas faire un tout droit sans manœuvre vers le sud, ça va être une descente technique et complexe. 

On a entendu de nombreux participants déclarer qu’ils rêvaient de cette course depuis tout petit, que c’était le graal. Définitivement, aucun regret de ne pas participer à cette première course historique ? 

Non ! Je suis vraiment super content d’accompagner Tom (Laperche) et d’amener ce bateau dans les meilleures conditions possibles pour performer. C’est vrai un kif de faire ça pour moi. J’ai déjà eu une fois la chance de vivre des émotions comme ça. Certes, c’était un record, mais j’ai vécu quelque chose d’incroyable. C’était exceptionnel d’arriver en décembre 2017 sur ce quai (ndlr le quai du commandant Malbert à Brest). Maintenant, je suis très content et heureux de vivre la chose autrement et d’accompagner Tom. 

La cartographie en direct 

Une interview de Guillaume Petit-Marzin.

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